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Sylvaine s’est prêtée au jeu de la Tribu Atypik Family et a accepté, pour mon plus grand bonheur, de répondre à mes questions pour ce premier témoignage de la Tribu. Voici son histoire et son parcours : une famille recomposée et zèbrée!

Merci Sylvaine!

Dans quel sens ta famille est-elle une Atypik Family ? Peux-tu nous raconter un peu son histoire ?

Voilà l’histoire de ma famille recomposée atypique : j’ai vécu pendant 14 ans avec le même homme, avec qui j’ai eu une fille. Nous nous sommes connus jeunes (19 ans), trop jeunes. Je n’ai pas pris le temps de me construire et je me suis installée avec lui, sans être vraiment moi et sans me rendre compte que je n’étais pas forcément très heureuse avec lui.

Pendant cette relation, j’ai rencontré un homme avec qui j’ai tout de suite eu un contact hors du commun. Il me comprenait parfaitement, il m’apaisait, moi qui suis plutôt du genre anxieuse et angoissée. Et tout était tellement simple avec lui ! Jamais de prises de tête.

Nous sommes tombés amoureux. Ma relation avec le père de ma fille se dégradait de plus en plus. Ce que je vivais avec mon double m’a permis d’ouvrir les yeux sur ce que je vivais réellement, sur ma souffrance dans cette relation toxique. Je me suis sentie plus forte et capable de faire ce que je n’aurais jamais cru pouvoir faire un jour : quitter le père de ma fille pour m’installer seule, avec elle, en garde alternée.

La mise en place de la garde alternée a été très compliquée car c’était très conflictuel avec mon ex qui n’a pas supporté que je le quitte ni que je le trompe.

1 an après, mon âme sœur est venue s’installer dans mon nouveau chez moi. Il a fait des sacrifices (quitter Paris et un super appartement pour venir vivre en banlieue!), il a tout de suite accepté les mouvements dus à la garde alternée et a toujours compris que le bien-être de  ma fille était ma priorité (culpabilité quand tu nous tiens !). Elle avait tout juste 5 ans à l’époque.

Il est venu chez moi avec son histoire, pas simple non plus : il a eu un “bébé Erasmus par accident” avec une allemande venue étudier en France quand il avait 23 ans. Très compliqué à gérer quand ce n’est pas attendu/voulu, mais qu’on souhaite quand même prendre ses responsabilités et assumer ses actes, si jeune.

Ce bébé a aujourd’hui 28 ans et il vient d’être papa d’un petit garçon !

Et puis les choses se sont un peu précipitées : nous avons décidé de faire un enfant qui serait à l’image de notre histoire, alors que nous avions chacun un enfant d’une première vie. Et puis nous avons décidé de nous marier alors que j’avais toujours juré que le mariage ne passerait pas par moi !

Notre fils est né en 2007, et c’est grâce à lui que j’ai vite compris que nous étions une famille atypique.

Parce qu’une famille recomposée c’est devenu classique. Mais la nôtre:

  • 1 grand fils qui vit en Allemagne dans une famille que nous adorons, que nous voyons souvent et qui nous permet de devenir grands-parents à 50 ans
  • 1 fils de 10 ans et demi
  • 1 fille de 21 ans qui vit chez nous maintenant

Eh bien nous avons en plus la particularité d’être une famille de zèbres !

 

Quels sont ou ont été vos principaux challenges en tant qu’Atypik Family ? Quel impact ont-ils eu sur vous ?

Notre principal challenge, ça a été de faire reconnaître notre atypisme par nos familles, par l’école, afin qu’elles arrêtent de juger nos choix de vie, qu’elle reconnaissent le haut potentiel de notre fils (reconnu précoce à 4 ans et demi suite à une phobie scolaire en moyenne section) plutôt que de nous dire que nous ne l’élevions pas comme il faut.

Tout le temps, être obligé d’expliquer, raconter démontrer pourquoi notre fils avait un comportement différent des autres enfants, c’est usant.

Surtout quand il faut se bagarrer à la maison pour faire redescendre la pression que le petit dernier se colle régulièrement ou bien gérer les angoisses de la grande, la reine du syndrome de l’imposteur !

Le premier impact, ça a été de nous serrer les coudes mon mari et moi afin de pouvoir affronter le regard extérieur mais aussi pour affronter les angoisses de notre fils afin de l’aider au maximum.

Si notre couple n’avait pas été fort, nous ne serions plus ensemble tellement ça a été compliqué…

 

Comment ton Atypik Family a-t-elle été une opportunité pour grandir/évoluer ? Qu’est-ce qu’elle t’a permis d’apprendre sur toi ?

 

En observant mon fils je me suis posé beaucoup de questions sur moi et sur mon mode de fonctionnement. C’était très souvent tendu entre nous 2 et un jour mon mari m’a lâché : vous ne pouvez pas vous entendre tous les 2 car vous êtes pareils !

C’est là que j’ai commencé un gros travail d’introspection qui m’a conduite à me faire tester aussi pour apprendre que j’étais effectivement comme lui : une zèbre.

Alors là, c’est la grande claque ! Parce qu’on se dit qu’attendre d’avoir 49 ans pour vraiment se comprendre c’est tard, et qu’il faut rattraper le temps perdu en vivant vraiment en harmonie avec soi-même.

 

Tes enfants, comment vivent-ils l’Atypik Family ? Qu’est-ce que cela leur apporte d’opportunités comme de challenges ? As-tu un exemple d’une situation où cela a joué un rôle positif dans leur vie ?

 

Sur mes 2 enfants, un est testé Zèbre et ma fille ne veut pas. Elle n’y voit pas d’intérêt et je crois qu’elle craint le résultat. Pour moi ça ne fait aucun doute mais elle verra par elle même plus tard.

Par contre, nous sommes une famille un peu barjo : ça rigole beaucoup, ça crie aussi, nous vivons nos émotions à 200% dans le haut comme dans le bas. C’est vivant quoi !

Le fait que je comprenne qui je suis me permet de les aider beaucoup pour qu’ils essayent d’apprivoiser leurs émotions. Et ça c’est un gros challenge pour nous tous car l’équilibre émotionnel de la famille dépend de nos manières à tous de gérer tout ça.

Un exemple quand même qui montre que d’une situation difficile, nous avons tous réussi à faire en sorte qu’elle devienne une force :

Mon fils a décidé depuis 1 an de se laisser pousser les cheveux. Ce qui lui vaut des réflexions « très intelligentes » de la part de ses petits camarades qui vont du “t’es une fille ?” à “t’es qu’un PD” ! Un soir, il est sorti tout bouleversé  de l’école et je l’ai fait parler. Il s’était fait poursuivre par 5 de ses camarades de classe (4 filles et 1 garçon) en se faisant traiter d’homo, en se faisant taper et une fois couché à terre, ils ont essayé de lui faire des couettes dans ses cheveux.

J’étais doublement bouleversée : qu’on touche à mon fils et qu’on lui fasse mal pour une coupe de cheveux trop longs à leurs yeux, mais aussi que des enfants de 10 aillent si loin dans l’homophobie (associée à des cheveux longs chez un garçon !). Là ça pose vraiment question sur ce que ces enfants entendent à la maison sur ce sujet, et ça fait froid dans le dos…

Je n’ai pas voulu laisser les choses en l’état et avec l’aide de la directrice de l’école de mon fils, nous avons fait en sorte que les enfants s’excusent auprès de mon fils oralement et par écrit, que les parents soient avertis du comportement de leurs enfants, et la directrice a tenu à ré-expliquer aux enfants qu’ils ne devaient pas juger les orientations sexuelles.

Cela a fait du bien à mon fils. Et plutôt que de se dire, j’en ai marre qu’on me prenne pour une fille ou qu’on m’ennuie avec mes cheveux long, je vais chez le coiffeur, et bien il a décidé de continuer à les laisser pousser et d’assumer encore plus sa différence, voir même de la porter comme un étendard. Depuis la maternelle il vit avec ses différences, donc une de plus ou de moins…

Je le sens mieux dans sa peau, fier de ses cheveux et il fera comme bon lui semble au collège l’année prochaine si ça devient trop compliqué de subir le regard des autres.

Donc, il a réussi, avec notre soutien, à transformer un épisode douloureux en quelque chose de positif pour lui. Et je suis fière de lui !

 

 

Si tu devais décrire ton Atypik Family avec un titre de livre, ou de film, une citation ou une chanson, lequel choisirais-tu ? Et pourquoi ?

 

Je choisirais l’expression allemande pour parler des familles recomposées : la patchwork familie.

Je trouve que ça nous ressemble bien.

Chaque carré du patchwork est différent, mais se marie tellement bien avec les autres carrés de tissu pour faire un ensemble harmonieux et unique.

 

 

Selon toi, quelles voies ouvrent les Atypik Family dans le monde ?

 

C’est peut-être bateau, mais je pense que, de part les combats quotidiens pour réussir à se faire entendre et comprendre, les atypiques ont en eux une ténacité hors pair qui leur permet d’aller jusqu’au bout, déjà par leur sens de la justice, mais aussi par leur envie de vivre ensemble en harmonie.

 

De quoi le monde aurait-il besoin pour que ton Atypik Family puisse y vivre encore plus heureuse ? Quel message aimerais-tu faire passer au monde ?

 

La bienveillance, le goût des autres, le respect sont indispensables pour que mon atypik family puisse s’épanouir.

Vive la différence qui nous enrichit les uns les autres !